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Conférence Tamarack Réduire la pauvreté en Ontario : Une réponse axée sur la dimension
Notes d’allocution de L. Robin Cardozo, chef de la direction, Fondation Trillium de l’Ontario Le 11 juin 2009
Bon après-midi. Comme c’est agréable de me retrouver dans une pièce entouré d’autant de visages familiers, d’autant de personnes fermement engagées à trouver des solutions innovantes et concrètes pour éliminer le fléau de la pauvreté dans nos communautés.
C’est pour moi tout un honneur de me retrouver parmi autant de dirigeants communautaires sérieux et engagés. Félicitations, Paul, pour tout ce que Tamarack a accompli jusqu’à présent, et pour votre vision qui nous inspire à aller beaucoup plus loin. La Fondation Trillium de l’Ontario est ravie d’accorder son soutien à l’important travail que fait Tamarack et de compter parmi les commanditaires de cette conférence, un événement qui s’aligne très bien avec la mission que nous avons de favoriser l’épanouissement de communautés saines et dynamiques partout dans notre magnifique province.
Comme beaucoup d’autres ici, je tiens à remercier tout spécialement la ministre Deb Matthews et son équipe. La feuille de route de la ministre, Rompre le cycle, est un appel collectif à l’action qui nous est lancé en tant que communauté de communautés, et c’est un concept dont j’aimerais vous parler aujourd’hui.
Le travail que nous faisons à la Fondation Trillium de l’Ontario (FTO) nous a permis de constater que les stratégies d’épanouissement communautaire à dimension locale, lorsqu’elles sont bien planifiées, sont extrêmement efficaces. Les plans de mise en oeuvre doivent émerger là où il y a un besoin d’action. Nous sommes impliqués dans de nombreuses initiatives où les programmes sont quelque peu différents de ceux de la communauté voisine ou du comté voisin. Voilà précisément ce que sont les stratégies à dimension locale.
Bien que les politiques et directives globales telles que Rompre le cycle soient absolument nécessaires, c’est leur mise en œuvre à dimension locale qui produit un changement.
C’est la philosophie qui sous-tend tout le travail que nous faisons à la Fondation. Comme la plupart d’entre vous le savez probablement, la Fondation a le privilège de recevoir un budget annuel de 120 millions de dollars du gouvernement de l’Ontario (merci, madame la ministre Matthews!). Ce budget considérable nous permet de favoriser l’épanouissement de communautés saines et dynamiques.
Nos subventions sont consenties à quatre secteurs – arts et culture, environnement, services sociaux et sports et loisirs. Pourquoi ces quatre secteurs? Nous croyons que le dynamisme de ces secteurs contribue énormément à la solidité des communautés et, par le fait même, à la réduction la pauvreté. Notre structure témoigne également de notre engagement à adhérer à une philosophie communautaire. Bien que 20 % de nos fonds servent à soutenir d’importantes initiatives provinciales, 80 % de notre budget est consacré à des initiatives locales. Nous travaillons dans 16 régions. Chacune d’elles a son propre budget de subventions, un ou plusieurs membres du personnel et une équipe locale d’évaluation des demandes de subvention formée de bénévoles. Nos petits bureaux locaux, répartis de Thunder Bay à Toronto, de Windsor à Ottawa, et bien sûr ici à Kitchener, la capitale de l’innovation en Ontario, nous permettent de garder le lien avec les communautés de la province.
Qu’il s’agisse de subventionner un groupe de théâtre local, une banque alimentaire, une initiative de restauration environnementale ou un programme de basketball pour les jeunes après l’école, nous savons que la prise de décisions à dimension locale, dans le contexte des conditions et des besoins locaux, donne des résultats impressionnants.
Nous sommes très heureux de voir que plusieurs des programmes à succès mentionnés dans le rapport Rompre le cycle de la ministre sont des projets qui ont reçu l’appui de la Fondation. La Fondation Trillium de l’Ontario a eu la chance d’être affiliée à divers organismes, y compris Pathways to Education, un organisme à grand impact, Habitat pour l’humanité, l’Ontario Association of Foodbanks, un organisme innovateur, le programme « 211 », qui connaît beaucoup de succès, l’organisme Social Innovation Generation (SIG) tourné vers l’avenir et le modèle éprouvé « Vibrant Communities » mis de l’avant par Tamarack. Nous sommes extrêmement fiers de leur réussite.
J’aimerais vous donner plusieurs exemples qui montrent comment une approche à dimension locale peut réduire la pauvreté. Dans chacun de ces exemples, la FTO a subventionné une initiative ou un projet particulier. Dans la plupart des cas, ces initiatives ont remporté tellement de succès qu’elles font maintenant partie intégrante du tissu communautaire de l’endroit où elles se déroulent.
Mon premier exemple est une initiative alimentaire locale appelée Nutrition for Learning, ici à Kitchener. Les enfants qui vont à l’école le ventre vide n’apprennent pas aussi bien. C’est un fait bien connu depuis longtemps et c’est la raison d’être d’un grand nombre de programmes de petits déjeuners. Nutrition for Learning à Kitchener pousse l’idée un peu plus loin et implique des élèves du secondaire et des bénévoles dans un programme appelé U Turn. Les élèves s’occupent de la préparation des aliments et acquièrent d’importantes capacités et des connaissances en nutrition, tout en obtenant des repas bien équilibrés.
Voici quelques exemples de commentaires des participants :
• « Les élèves aiment la nourriture, mais aussi l’interaction sociale que procure un repas pris avec leurs pairs. » • « J’ai pris du retard, mais le programme U-Turn m’a permis de me rattraper. Ce programme a aussi un plan de nutrition incroyable. » • « On discute souvent de la préparation de plats d’autres cultures, ça m’aide à découvrir des choses nouvelles. »
Les commentaires de ce genre sont un peu comme de la musique aux oreilles de tous ceux d’entre nous qui savent que, si l’on encourage les enfants de tous les âges à continuer d’apprendre, nous leur offrons probablement l’outil qui assurera le mieux leur santé sociale et financière à l’avenir.
Toujours dans cette région, j’aimerais vous parler du travail de l’organisme Homelessness and Housing Umbrella Group, que certains d’entre vous connaissez sous le sigle HHUG.
Lorsque l’on parle de prévention et de réduction de l’itinérance, l’accès à un logement sécuritaire est tout aussi important que l’alimentation. HHUG Kitchener voulait mener une étude et produire un rapport fiable portant sur la stabilité du logement dans la région. Ce rapport fondé sur des données probantes allait permettre de jeter de la lumière sur la question de l’itinérance et de prendre des mesures concrètes, du moins c’est ce que l’on souhaitait.
J’ai le plaisir d’annoncer aujourd’hui que plus de 125 personnes et organismes se sont joints à HHUG Kitchener et participent activement à l’échange d’information, au partage de ressources et à la promotion de pratiques exemplaires. Je suis certain que certains de ces partenaires sont ici aujourd’hui. Vos efforts ont permis d’améliorer la collaboration sur la question vitale de l’itinérance.
Le rapport HUGG est devenu un outil important. Avec la publication du deuxième rapport annuel de HHUG Kitchener, la communauté est maintenant plus sensibilisée à la question de l’itinérance. Et, chose rassurante, le rapport révèle qu’il y a eu des améliorations depuis l’an dernier!
Maintenant, permettez-moi de vous parler d’une initiative Connection Children and Youth à Burlington. Pour les personnes qui vivent dans la pauvreté, le stress familial mène souvent à l’intervention du système d’aide sociale à l’enfance. Les parents sont souvent aux prises avec des toxicomanies ou d’autres problèmes de santé mentale et n’ont pas toujours les compétences nécessaires pour prendre soin de leurs enfants de manière sécuritaire et fiable. Ils ne savent pas vers qui se tourner pour obtenir de l’aide et du soutien.
Nous savons que les enfants aux soins d’une société d’aide à l’enfance ainsi que ceux qui sont sur le point d’avoir besoin d’une intervention directe ont de fortes chances d’éprouver toute une variété de problèmes sociaux, économiques et affectifs.
Les études successives ont démontré que les jeunes confiés au système d’aide à l’enfance sont à risque de décrocher et que le cycle de la pauvreté semble parfois inévitable.
Reconnaissant le besoin de trouver une solution à long terme, un partenariat formé de trois organismes communautaires, à savoir le Nelson Youth Centre, la Société d’aide à l’enfance de Halton et Halton Child and Youth Services, ont lancé un programme portant le nom très pertinent de « Connection Children and Youth ». Les enfants de la région de Burlington considérés à risque peuvent maintenant participer à des programmes ciblés de courte durée offerts après l’école, et apprendre à résoudre leurs problèmes.
Ce programme est particulièrement intéressant parce que les parents participent à un programme parallèle qui les aide à rebâtir l’unité familiale.
L’agence a raconté l’histoire d’une famille ayant deux filles, toutes deux à risque d’être placées dans des foyers d’accueil. La situation était sur le point de se détériorer encore plus lorsque la grande soeur a abandonné le programme après l’école. Mais elle y est revenue lorsque sa petite soeur a commencé le programme. Les efforts qui ont été faits pour mettre la grande soeur et la mère en contact avec des organismes communautaires ont porté fruit. Aujourd’hui, la grande soeur est plus optimiste que jamais auparavant, et la mère a réussi à établir et à maintenir des contacts communautaires utiles.
Nous allons maintenant à Hamilton, où la Fondation Trillium travaille avec le Community Economic Development Network, une initiative commanditée par l’organisme Social Planning and Research Council of Hamilton-Wentworth. Ce réseau de développement économique communautaire novateur est formé d’un groupe diversifié d’organismes des secteurs privé et sans but lucratif. Le réseau a concentré son attention sur le quartier Riverdale Est, où vivent un grand nombre de familles immigrantes. Le programme a permis de mettre sur pied un certain nombre de garderies agréées.
Les services de garderie sont maintenant offerts en 23 langues. Dans ce programme, la plupart des garderies privées se trouvent dans les maisons d’immigrants de première génération, et c’est là un point réellement intéressant. Les parents immigrants se sentent à l’aise de laisser leurs enfants dans une garderie où l’alimentation et la programmation sont bien adaptées à leur culture. Ils peuvent aller au travail et avoir l’esprit en paix parce qu’ils savent qui prend soin de leurs enfants.
Cet excellent programme donne aux exploitants de garderies de la formation sur à peu près tout, de la nutrition et la forme physique jusqu’au développement de l’enfant, en passant par la littératie et la gestion du comportement. Les femmes qui participent au programme obtiennent une assistance financière sous forme de prêts pour procéder à des améliorations de leur foyer et obtenir un permis de garderie.
Mon prochain exemple en est un dont la Fondation est très fière. Il s’agit du projet Community Matters de Centraide, une initiative regroupant 17 des plus petits organismes Centraide situés dans de petites villes ou des communautés rurales, des organismes si petits qu’ils n’ont jamais eu les ressources nécessaires pour faire une évaluation des besoins communautaires.
Beaucoup d’entre nous idéalisent la vie dans les petites villes de l’Ontario. Les gens de la ville renforcent parfois ce mythe, croyant que la vie à la campagne est bien meilleure qu’en ville.
Avec le projet Community Matters, la dure réalité de la pauvreté en milieu rural est devenue très évidente lorsque les organismes Centraide l’ont mise en lumière. Ce qu’ils ont découvert s’est avéré à la fois inattendu et déchirant et pour la première fois, les données confirment ce que les personnes sur le terrain soupçonnent depuis longtemps.
Par exemple, à la grande pauvreté évidente chez les personnes âgées s’ajoute le manque d’accès aux soins de santé. Ou encore, les jeunes adultes ne peuvent pas trouver d’emplois à cause du manque de transport public. Les adolescents de 13 et de 14 ans ont un vif désir de trouver un emploi pour aider leur mère, ce qui les porte souvent à arrêter leurs études très tôt. Certains réussissent à trouver un emploi à temps partiel, mais cet emploi nuit à leur travail scolaire. Les préadolescents ont parlé de la consommation de drogues à l’école, et d’autres de problèmes sociaux.
Kelly Gilson de Centraide du comté d’Oxford, qui est présente aujourd’hui, m’a dit qu’avant Community Matters, sa communauté n’avait jamais parlé de la pauvreté, de la faim et de l’itinérance.
Grâce à la recherche effectuée par l’initiative Community Matters, les 17 plus petits organismes Centraide ont pu élaborer des programmes locaux qui aident à réduire la pauvreté et l’isolement dans leurs communautés. Ils travaillent maintenant avec des partenaires communautaires pour trouver de nouvelles solutions au problème du transport inadéquat. Ils travaillent également en collaboration avec les municipalités locales et les fournisseurs de services, qui ont tous apprécié l’information nouvelle livrée par cette étude.
Comme dernier exemple, j’aimerais vous parler d’une subvention annoncée la semaine dernière, une subvention qui nous donne beaucoup d’espoir. L’organisme The Sault Ste Marie Innovation Centre a formé un partenariat avec la Première nation de Garden River, l’Anishnabek Information Technology Centre et le YMCA local dans le but de mettre sur pied un nouveau programme appelé ProtoLaunch. Cette initiative enseignera aux jeunes difficiles à embaucher à mettre leur passion pour les jeux vidéo au service de la création de nouveaux jeux. Cette idée fascinante comporte de multiples objectifs : elle assure le développement économique communautaire dans une industrie en pleine effervescence, elle encourage les jeunes à rester dans leur communauté, elle crée des possibilités d’emploi et d’éducation postsecondaire et bien sûr, elle réduit la pauvreté. Ce programme est innovant au point d’être probablement risqué, mais vu les partenariats établis et la passion de ces jeunes « guerriers de sous-sol », nous sommes très optimistes.
Au début de mes remarques ce matin, j’ai dit que la stratégie Rompre le cycle représente un appel collectif à l’action qui nous est lancé en tant que secteur. J’ai donné plusieurs exemples de programmes qui ont fait et continuent de faire toute la différence. L’élément clé, c’est que ces programmes sont uniques à leur communauté. Ce sont des réponses adaptées à l’endroit où ils se déroulent, et chacun est différent.
Avant de terminer, j’aimerais vous faire part des observations suivantes qui, je l’espère, nourriront notre dialogue aujourd’hui :
1. Les solutions qui ont beaucoup d’impact ne requièrent pas nécessairement beaucoup de ressources financières. Il est parfois étonnant de voir ce que l’on peut accomplir en combinant de modestes ressources avec un leadership inspirant et la bonne volonté de la communauté. 2. La collaboration de la communauté est essentielle. À tous les coups, nous voyons que les initiatives qui ont le plus de succès sont celles qui rassemblent un assortiment de partenaires communautaires, y compris les différents paliers de gouvernement, des entreprises locales et le secteur sans but lucratif. 3. Travailler avec la famille dans son ensemble peut avoir des effets extrêmement bénéfiques. Nous l’avons vu avec l’exemple de l’initiative Connection Children and Youth à Burlington dont j’ai parlé plus tôt, et nous le voyons tant et plus dans le projet Regent Park Pathways to Education que tout le monde connaît certainement. 4. La recherche communautaire, telle que le projet du rapport HHUG Kitchener et l’initiative Community Matters de Centraide, joue un rôle important pour cerner les problèmes, établir les repères et mesurer le succès. 5. La pauvreté en milieu rural est un problème qui ne reçoit pas l’attention qu’il mérite, probablement parce qu’il est souvent imperceptible. Dans les communautés rurales, il faut avoir des stratégies différentes, et le manque de transport constitue un problème majeur. 6. Le domaine de la réduction de la pauvreté a un besoin urgent d’innovation. Avec les changements démographiques que connaît l’Ontario et l’importante restructuration de son économie, les solutions éprouvées pour réduire la pauvreté deviendront de moins en moins efficaces. Nous devons faire preuve d’audace, prendre certains risques et même laisser certaines de nos initiatives connaître l’échec pendant que nous apprenons ensemble. 7. La viabilité pose souvent un défi. Les bailleurs de fonds doivent être ouverts à l’idée de consentir des engagements pluriannuels, et les bailleurs de fonds et les bénéficiaires doivent travailler ensemble, avec créativité, pour trouver des solutions viables. 8. Pour réussir, toute nouvelle initiative a besoin d’un champion, d’un leader. Certains des meilleurs exemples de leadership nous sont donnés à l’extérieur du secteur sans but lucratif ou du secteur public. À Toronto, le leadership communautaire de l’entrepreneur David Pecaut a permis, avec un succès foudroyant, de renforcer la communauté et de réduire la pauvreté. 9. Comme le disait la ministre Matthews plus tôt aujourd’hui, « Ce n’est probablement pas si important de savoir où commencer – il faut simplement commencer. » 10. Pour revenir au thème de cette conférence, les stratégies axées sur la dimension locale – si les partenaires sont engagés et si le leadership communautaire est solide et que leur vision est tournée vers l’avenir.
Essentiellement, rien de tout cela n’est particulièrement facile à réaliser, mais c’est notre travail.
À la Fondation Trillium de l’Ontario, avec le soutien continu du gouvernement et une équipe extraordinaire de bénévoles et de membres du personnel, nous sommes prêts à travailler énergiquement avec vous pour réduire la pauvreté en Ontario, et de beaucoup. Merci.
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