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L’importance des communautés

L. Robin Cardozo
Notes d’allocution de
L. Robin Cardozo, chef de la direction, La Fondation Trillium de l’Ontario
Conférence « L’importance des communautés » du comté de Huron
Le 28 mai 2008, Brussels, comté de Huron



Bonjour et merci de votre accueil chaleureux.

Je vous remercie également de m’avoir invité à cette Marche des bénévoles organisée par Centraide. Je suis honoré d’y participer. Je connais Lynda Kay depuis de nombreuses années et je sais qu’elle fait un travail magnifique pour sa communauté, j’ai donc été ravi lorsqu’elle m’a demandé de participer. Et ma collègue, Jackie Powell, me dit souvent que le comté de Northumberland est une région de la province tout à fait spéciale.

La Fondation Trillium de l’Ontario, ou la Fondation, est fortement convaincue de la valeur du travail communautaire dans les localités. À Cobourg, par exemple, les subventions communautaires de la Fondation comprenaient des fonds pour la Cobourg Museum Foundation, le Cobourg Dragon Boat Club, la YMCA de Cobourg, Shelter of Hope, Habitat pour l’humanité de Northumberland et le projet Community Matters de Centraide.

Mais il y a une autre raison pour laquelle j’ai des liens personnels avec Cobourg et ce que je vais raconter correspond tout à fait au thème de mon allocution d’aujourd’hui. Je vis assez près du centre-ville de Toronto et, il y a deux ans, nos voisins de longue date ont pris une retraite anticipée comme enseignants. Ils ont acheté une magnifique maison historique sur la rue College, ici à Cobourg. Or, pour mes anciens voisins, que je nommerai Gary et Marie afin d’en protéger l’identité, « retraite » ne correspond pas tout à fait à leur nouvelle vie à Cobourg. Ils se sont inscrit à la troupe théâtrale de la localité, à un club de lecture, à la Historical Society, à une guilde de courtepointe, à une guilde de tricotage et à la section locale du Conseil des Canadiens. Ils font du bénévolat pour Victoria Hall et collectent des fonds pour la Fondation Stephen Lewis et Amnistie International. De plus, ils ont le temps de voyager et de faire du golf. Lorsque je prendrai ma retraite, je veux déménager à Cobourg!

Cet activisme communautaire n’est pas un cas isolé. La semaine dernière, je m’entretenais avec Cathy Lyons, d’Habitat pour l’humanité de Northumberland, qui m’a parlé de YBuild, projet de trois semaines en cours de réalisation au moment même où je vous parle. Si j’ai bien compris, quelque 250 jeunes personnes du comté de Northumberland et des quatre coins du Canada font don de leur temps et de leurs compétences pour rénover une maison sur Alexandria Drive. En fait, l’an dernier, le programme Women Build d’Habitat pour l’humanité de Northumberland comptait parmi les exemples extraordinaires de communautés en action illustrés à l’occasion du 25e anniversaire de la Fondation Trillium de l’Ontario.

On m’a demandé de parler aujourd’hui du bénévolat; non seulement c’est ce que je vais faire, mais je vais aussi dire quelques mots sur l’action communautaire dans les petites villes. Au cours des 20 dernières années, j’ai eu souvent l’occasion de travailler avec des bénévoles, directement et indirectement, et le bénévolat a toujours fait partie de mon travail, notamment à Centraide et à la Fondation Trillium de l’Ontario.

Qu’ils oeuvrent dans des petites villes ou dans de grands centres urbains, les bénévoles appliquent leur énergie positive, leurs compétences et, ce qui est plus précieux que tout, leur temps, pour renforcer le tissu de nos communautés. Je crois qu’il est important de prendre le temps de remercier toutes les personnes qui se mettent au service de leurs communautés.

Et le nombre de gens qui font cela est impressionnant. Selon les dernières statistiques d’Imagine Canada sur le bénévolat, 11,8 millions de personnes, soit 45 % des Canadiennes et Canadiens âgés de plus de 15 ans, ont fait don de leur temps à des organismes de bienfaisance et à d’autres organismes sans but lucratif. Cela représente près de 2 milliards d’heures de bénévolat. Notre province affiche un taux légèrement supérieur à la moyenne nationale, puisque 50 % d’Ontariennes et d’Ontariens font du bénévolat.

Bien que ces statistiques soient remarquables, la réalité est, comme vous le savez sans doute, qu’il n’est pas facile de trouver des bénévoles… et qu’il est encore plus difficile de les fidéliser. Cela s’explique peut-être par le fait que le profil du bénévole typique évolue, si en fait une telle personne existe. Les baby-boomers continuent d’avoir un impact considérable sur notre société ne serait-ce que par leur nombre considérable, et, il faut bien l’admettre, nous ne rajeunissons pas!

Puisque c’est l’esprit du bénévolat qui nous réunit ici aujourd’hui, je me suis dit que vous aimeriez peut-être que je vous parle d’une étude que la Fondation vient de terminer, intitulée Petites villes – Grand impact. Vous savez sans doute que la Fondation est un organisme du gouvernement de l’Ontario et, étant donné notre mandat provincial, nous nous intéressons à la santé des petites villes sur le plan communautaire. Notre étude nous a révélé les défis auxquels sont confrontées les petites villes de l’Ontario, notamment sur le plan du bénévolat.

Ce que nous avons appris nous a interloqués, mais je suis plutôt du genre à voir le verre toujours à moitié plein… alors, pour moi, quand il y a des défis, il y a aussi des possibilités. Notre étude nous a permis de constater que, partout en Ontario, les organismes sans but lucratif établissent des stratégies uniques pour construire des ponts et surmonter les défis. Je suis sûr que nombre de nos conclusions vous interpelleront aussi.

Nous avons appris que les petites villes de l’Ontario faisaient face à des défis dans quatre domaines importants : la restructuration économique, les changements démographiques, l’éducation et l’accès aux services. Je vais aborder chacune de ces questions.
Premièrement, sur le plan économique, les petites communautés s’aperçoivent qu’elles ne peuvent pas toujours dépendre des moteurs qui ont traditionnellement alimenté les économies locales. Cela est surtout vrai dans le nord de la province, où beaucoup de villes dépendent d’une seule industrie et des ressources. Beaucoup de communautés ont réagi en diversifiant leur économie ou en remplaçant celles qui sont en train de disparaître.

Deuxièmement, la démographie. Nous sommes devenus une nation en mouvement et cette mobilité se répercute sur la composition des petites villes et des grands centres urbains. Notre étude a montré que dans beaucoup de petites localités, la population déclinait et vieillissait plus rapidement que dans le reste de la province. Je sais que vous ne serez pas surpris si je vous dis que de plus en plus de jeunes quittent les petites villes.

Troisièmement, sur le plan de l’éducation, les gens nous ont dit leurs inquiétudes au sujet de l’accès à l’éducation et de la formation. Nous avons constaté que les résultats scolaires étaient en moyenne inférieurs dans les petites villes, sans doute à cause de ce problème d’accès. Par conséquent, les employeurs ont souvent du mal à trouver, à attirer et à retenir des travailleurs dont ils ont besoin pour les postes fondés sur le savoir.

Quatrièmement, pour ce qui est de l’accès aux services, les craintes portent sur l’accès aux capitaux, notamment pour l’infrastructure, aux soins de santé, aux  transports en commun et à la technologie, par exemple l’Internet à haute vitesse… choses que nous, les citadins, prenons généralement pour acquis.

Lorsque nous avons examiné la question du bénévolat dans les petites villes, notre étude a là aussi décelé quatre grandes craintes : le financement et la viabilité, l’épuisement des bénévoles, la rétention des leaders et la pénurie de jeunes bénévoles.

En ce qui a trait au financement, premièrement, les organismes sans but lucratif sont confrontés à des options limitées et souvent la Fondation Trillium de l’Ontario est, ou est perçue comme étant, l’une des rares sources de financement disponibles. Nous avons déterminé un besoin criant de capitaux. La viabilité a également été identifiée comme un défi constant, due au manque de financement.

Deuxièmement, l’épuisement des bénévoles est une chose dont nous avons tous entendu parler et que nous avons probablement subie! Ainsi, nous n’avons pas été surpris lorsque notre étude a révélé que c’était presque toujours les mêmes qui faisaient du bénévolat dans les régions rurales. Recruter de nouveaux bénévoles, et les fidéliser, est pour beaucoup un combat permanent.

Troisièmement, les bénévoles ne sont pas les seuls à être fatigués, les dirigeants qui siègent au sein des conseils d’administration ou assument d’autres fonctions de leader le sont aussi. Pour retenir ces leaders, nous sommes obligés de répartir la charge de travail et d’offrir des possibilités de développement significatives.

Quatrièmement, tout le monde sait que les jeunes quittent les petites localités pour les grandes villes au Canada. Notre étude a révélé que les jeunes âgés de 15 à 24 ans étaient sous-représentés dans les populations rurales. Les craintes concernant cette tendance se sont manifestées lors du projet Community Matters de Centraide Northumberland, initiative que nous avons eu aussi le plaisir d’appuyer.

À ce propos, ce que dit David Foot, démographe et auteur reconnu de « Boom Bust & Echo » au sujet de cette tendance vous intéressera sans doute : « Le fait que les jeunes quittent les petites villes de l’Ontario pour les lumières de la grande ville n’est pas une tendance nouvelle. Cela fait des générations que cela se produit. Certains reviendront. Les petites localités ont tout intérêt à s’y préparer, à garder le contact avec ces jeunes et à les réintégrer dans la vie communautaire lorsqu’ils reviendront vers l’âge de 30 ans pour élever leurs enfants ou à l’âge de la retraite. »

Par conséquent, attirer et fidéliser les bénévoles, et développer la prochaine génération de leaders bénévoles, sont de véritables défis. Mais comme je l’ai dit tout à l’heure, tout défi est une porte ouverte aux possibilités.  Le projet YBuild qui est entrepris ici, dans le comté de Northumberland, en est un exemple. Il y en a beaucoup d’autres ailleurs dans la province dont j’aimerais vous parler…

…des projets qui proposent des solutions créatives à des craintes communes…
…des projets qui ne pourraient avoir lieu sans des leaders engagés et des bénévoles dévoués.

Je vais commencer en parlant de ce qui se passe à Kenora, dans le nord-ouest de l’Ontario, où la Fondation a financé l’élargissement et la restauration des pistes et des installations de ski de fond; ce projet s’est traduit par la progression inattendue du tourisme. La Kenora Nordic Trails Association, qui est gérée par des bénévoles, a fait une demande de subvention afin d’améliorer les installations pour les skieurs de la région. Qui aurait cru que cet investissement contribuerait à diversifier et à renforcer l’économie locale?

Tout d’abord, le nouveau réseau de pistes de ski a attiré un championnat de ski provincial, les Manitoba Provincials. Les propriétaires d’un hôtel nous ont dit que non seulement ils ont affiché complet pendant le championnat, mais qu’ils ont dû aussi agrandir leur salle à manger pour accueillir tous les clients.

Grâce en partie au championnat de ski, la réputation du réseau de pistes de ski s’est accrue à un point tel que Kenora est désormais connue comme un centre de ski dans le nord de l’Ontario et au Manitoba. Et comme de plus en plus de gens viennent skier à Kenora, les détaillants et les hôtels continuent de bénéficier de la venue des touristes.

Un peu plus au sud, un organisme innovateur appelé Cottage Dreams Recovery contribue à la vitalité économique de Haliburton en offrant aux personnes ayant  survécu au cancer la possibilité de se reposer et de se remettre.

En 2004, la Fondation a financé un projet pour renforcer le soutien communautaire et les programmes de bénévoles. Cottage Dreams permet aux personnes qui ont suivi un traitement de passer avec leur famille une semaine dans un chalet dans la région de Haliburton. Cette subvention de la Fondation a touché une centaine de personnes qui ont survécu au cancer et entraîné la participation d’une centaine de bénévoles.

Cottage Dreams a évalué les répercussions de leur programme dans la région et établi que les familles qui viennent passer une semaine dans un chalet dépensent entre 400 et 600 $ pendant la semaine. De plus, les organismes engagent des gens de la région pour faire les travaux de ménage et offrir d’autres services de soutien.

Ailleurs, des bénévoles construisent des ponts littéralement et figurativement. J’ai dit tout à l’heure que les communautés avaient besoin de capitaux pour construire leur infrastructure. J’aimerais vous parler de la Menesetung Bridge Association de Goderich, qui est administrée par des bénévoles, dans l’ouest de l’Ontario. Son projet d’infrastructure a permis de préserver l’architecture historique et renforcé le sentiment de fierté civique dans la population.

La Fondation a financé la restauration du pont Menesetung qui a d’ailleurs célébré son 100e anniversaire l’an dernier. En plus d’être un joyau architectural, ce pont relie la ville à une piste de randonnée très fréquentée qui s’étend sur plus de 13 milles. Il semblerait que quelque 12 000 cyclistes, randonneurs et marcheurs traversent le pont chaque année.

La Fondation n’a pas été la seule à financer la restauration du pont, la communauté y est aussi allée du sien. Chaque planche et chaque balustre portent un nom. Quand on parle de s’approprier une solution! Avec un peu de chance et grâce au soutien de bénévoles dévoués, le pont devrait être encore là dans 100 ans!

Parfois les solutions sont liées aux objets, comme le pont Menesetung. Parfois elles concernent les gens. Des personnes comme mes anciens voisins de Toronto qui vivent désormais à Cobourg. Ou les jeunes qui participent avec autant d’enthousiasme au projet YBuild.

À propos de solutions créatives, j’étais à une conférence, la semaine dernière. À côté de moi il y avait un homme de la Saskatchewan qui m’expliquait que sa province connaissait une grave pénurie de main-d’œuvre du fait de la croissance de beaucoup de secteurs. Il m’a parlé du propriétaire d’une station d’essence dans une petite ville, qui avait du mal à trouver du personnel. Un jour, et homme eut l’idée de proposer à six travailleurs agricoles retraités qui se rencontraient chaque matin au Tim Hortons en face de chez lui de leur payer leur petit-déjeuner s’ils acceptaient de travailler pour lui. Le résultat? Six retraités ravis de se faire de l’argent en travaillant deux heures par jour, un réseau social et des clients heureux!

Quels sont les thèmes qui ressortent de ces histoires? Avant de conclure, je voudrais poser quelques questions que nous pourrions tous nous poser :

  1. Bien qu’il soit difficile de retenir des bénévoles pour des postes de leadership et de gouvernance, de nombreuses personnes participent à des projets innovateurs, passionnants et temporaires. Comment peut-on encourager ces mêmes personnes à poursuivre leur action à long terme? Nous arrive-t-il souvent de nous poser cette question?
  2. Il ne fait aucun doute que de grands changements démographiques sont en cours. David Foot nous met au défi de garder le contact avec les personnes qui quittent les petites villes (cela ne devrait pas être difficile grâce à Internet) et de faire ce qu’il faut pour encourager ces personnes à participer à la vie communautaire lorsqu’elles reviennent pour fonder une famille ou à la retraite. Faisons-nous le nécessaire pour identifier et reconnaître ces possibilités?
  3. Attirer de nouveaux bénévoles et des bénévoles plus jeunes fait partie des principaux investissements que nous pouvons faire dans notre avenir… même s’ils ne restent pas longtemps. Sommes-nous capables de leur proposer des missions intéressantes qui leur permettraient d’acquérir de nouvelles compétences, de faire des rencontres et de participer à la vie communautaire? Savons-nous ce qui les intéresse? Le leur avons-nous demandé?
  4. Le partage des bénévoles – une forme de partage d’emploi en quelque sorte – peut être un moyen extrêmement puissant si les organismes sont prêts à collaborer. Il me semble qu’une activité telle que cette Marche des bénévoles pourrait être une occasion merveilleuse de nous entretenir de la façon dont nous pouvons partager nos ressources. Une collaboration plus étroite peut-elle entraîner un meilleur déploiement des bénévoles communautaires?
  5. Finalement …Pensons-nous vraiment aux défis qui se présentent à nous? Le vieillissement de la population au Canada… l’arrivée de nouveaux immigrants… les nouvelles technologies qui ne cessent d’évoluer… la hausse du prix de l’essence… le changement climatique… nous n’y couperons pas. Nous pouvons les voir comme des défis insurmontables ou comme une occasion de nous unir, de poursuivre notre mission de bâtir des communautés saines.

Je profite de cette Semaine nationale de l'action bénévole pour remercier encore une fois tous les bénévoles sans lesquels nous ne pourrions pas réussir. L’innovation se porte bien dans le secteur sans but lucratif. Partout en Ontario, des organismes comme les vôtres allient conscience sociale et revitalisation économique à des résultats fantastiques.

Les organismes du secteur varient peut-être par leur taille, leur mission et leur emplacement, mais ils partagent trois ingrédients essentiels : un leadership vigoureux, la concertation et l’approche innovatrice. Toutes ces qualités existent en vous… et dans les organismes avec lesquels vous travaillez. Je vous remercie pour les choses étonnantes que vous faites chaque jour dans les grandes et petites localités de l’Ontario.

Merci.

 



La Fondation Trillium de l’Ontario relève du gouvernement de l’Ontario.